Lot 937:

MATA HARI (1876-1917) Lettre autographe signée à M. Astruc

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Rome, 30 mars [1907] Sur papier à en-tête “Hôtel Bristol - Rome” 4 pp. bi-feuillet in-12. En français. Longue lettre à son impresario Gabriel Astruc, lui faisant part de son désir d’interpréter la ”danse des sept voiles“ de Salomé, dans l’opéra de Richard Strauss. ” (...) Je désire beaucoup interpréter ”la danse“ dans l’œuvre Salomé de Richard Strauss. J'ai appris qu'on le donne à Paris, et je vous prie de bien vouloir arranger ça pour moi. Vous savez, je crois, que j'ai ma maison à Berlin, Nachodstrasse 39, où je serai de retour dans quelques jours et où vous pouvez me répondre. Je viens de faire un grand voyage en Egypte jusqu'à Assouan. J'avais espéré de retrouver des danses anciennes, mais - malheureusement tout [ce] qui est joli a disparu et il n'est rien que des danses insignifiantes et malgracieuses. La musique de Salomé est puissante et j'ai envie de créer et d'interpréter cette pensée de la danse qui est le point faible de l'opéra. Je veux dire, que si la danse est mal dansée, ça coupe tout effet (...)“ Littérature : “Mata-Hari, la dernière danse de l'espionne” de Philippe Collas, French Pulp éditions, 496pp.. Arrière-petit-fils de Pierre Bouchardon qui instruisit tous les grands procès des deux grandes Guerres Mondiales, sa biographie sur Mata Hari fait aujourd'hui référence. “Mata Hari Ou la danse macabre” de Sam Waagenaar, Michèle Garène, Editions Fayard, 436pp. Née dans le nord des Pays-Bas, Margaretha Geertruida Zelle se marie en 1895 à l'officier Rudolf Mac Leod, et quitte sa Hollande natale pour vivre à Java et Sumatra, elle y apprend les danses locales et s’initie à l’art des pratiques amoureuses et de la séduction des femmes asiatiques. En 1902, de retour en Europe, elle divorce de son mari et débarque à Paris l’année suivante. Elle y travaille comme écuyère puis danseuse sous le pseudonyme de Lady MacLeod (du nom de son époux). C’est Émile Guimet (1836-1918), riche négociant, grand collectionneur passionné d'art et de musique, fondateur et directeur du célèbre Musée des arts asiatiques-Guimet, qui lance véritablement sa carrière. En 1905, lors d'une soirée, Guimet, tombé sous le charme de Margaretha qu'il considère comme “une danseuse authentiquement orientale”, l'invite à venir danser dans la bibliothèque de son musée et lui demande de trouver un nom d'artiste. Lady Mac Leod fait place à Mata-Hari (“œil du jour”, “soleil” en indonésien). Le 13 mars 1905, il convie la haute société parisienne, artistes et diplomates, pour assister à ce qui est annoncé comme des danses sacrés indiennes. Mata Hari est présentée comme une danseuse sacrée de Java. La rotonde de la bibliothèque du musée a été transformée pour l'occasion en temple hindou. Sous les apparences d'une princesse javanaise entourée de quatre suivantes, elle rend hommage au dieu hindou, danse sinueusement, avant de s'effeuiller lentement en l'honneur de Shiva. L'écrivain Colette écrit : “Elle ne dansait guère mais elle savait se dévêtir progressivement et mouvoir un long corps bistre, mince et fier”. Après cette prestation, dans ce cadre d'exception, sous l'égide d'un orientaliste respecté comme Guimet, la notoriété de Mata Hari explose. Gabriel Astruc devient son imprésario pendant dix ans, faisant jouer la troupe en août 1905 à l'Olympia puis à travers toute l'Europe. Elle meurt fusillée, le 15 octobre 1917 à Vincennes, accusée de travailler pour le compte de l'Allemagne pendant la Première Guerre mondiale. Arrêtée à Paris le 13 février 1917, incarcérée et jugée à huis clos par un tribunal militaire qui la déclare coupable d'intelligence avec l'ennemi et la condamne à être passée par les armes. Cette condamnation reste une des plus sombres de l’histoire judiciaire française. Fascinante autant qu’intrigante Mata Hari demeure l’icône de la femme fatale. Gabriel Astruc (1864-1938), journaliste et directeur de théâtre français, a été à la fois éditeur, imprésario, organisateur de concerts, agent artistique et auteur dramatique. Fondateur en 1904 de la Société musicale au Pavillon de Hanovre, où sont donnés sur son initiative plus de mille concerts de 1905 à 1912 dont la création française en langue originale de Salomé sous la direction de Richard Strauss en 1907. Lors de la première de Salomé, au Théâtre du Châtelet à Paris, le 8 mai 1907, la “Danse des sept voiles” est confiée à Natacha Trouhanova, danseuse russe d'origine française, en doublure danse de la chanteuse soprano Emmy Destinn. La représentation est un triomphe mais Mata Hari n’y fut pas invitée… L’opéra Salomé de Richard Strauss (54ème opus en un acte et 4 scènes) parcourt le monde, cette œuvre marquée par une cruauté morbide et une sensualité explosive, enthousiasme le public et fait se déchaîner la critique, provoquant des polémiques dans différents pays. Il est interdit de représentation en Grande-Bretagne jusqu’en 1910 et le contenu ayant été considéré comme trop choquant pour le public américain, interdit pendant dix-sept ans dés le lendemain de sa création au Metropolitan Opéra en 1907.
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