CAMILLE PISSARRO (1830–1903) Paysage à Louveciennes

Lot 8
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monogrammé ‘C.P.’ (en bas à gauche) pastel sur papier 22,8 × 27,6 cm Exécuté vers 1869 PROVENANCE : Lucien Pissarro, fils de l’artiste, Londres O’Hana Gallery, Londres, de 1957 à mars 1975 (étiquette au verso) Sotheby’s New York, Impressionist, Modern and Contemporary Paintings, Drawings and Sculpture, 19 octobre 1995, lot 5 Christie’s New York, Impressionist and Modern Paintings, Drawings and Sculpture, Part II, 12 novembre 1997, lot 230 Collection privée LITTÉRATURE : L. R. Pissarro et L. Venturi, Camille Pissarro, son art – son œuvre, Paris, 1939, vol. I, p. 289, no 1508, ill. vol. II, no 291 Paysage à Louveciennes appartient à une période déterminante dans l’évolution artistique de Camille Pissarro. Installé à Louveciennes au printemps 1869, l’artiste y trouve un environnement particulièrement propice à ses recherches sur le paysage et les effets de lumière. Le village et ses environs deviennent alors un véritable laboratoire à ciel ouvert, fréquenté au même moment par plusieurs artistes qui formeront le noyau du futur mouvement impressionniste, notamment Claude Monet, Alfred Sisley et Auguste Renoir. Réalisé vers 1869, le présent pastel témoigne de l’intérêt croissant de Pissarro pour la pratique du plein air et pour la transcription directe des variations atmosphériques. À cette époque, son langage pictural évolue progressivement : les compositions restent structurées par des plans simples et une observation attentive du motif, tandis que la touche devient plus libre et sensible aux effets de lumière et de couleur. Cette période de Louveciennes constitue ainsi une étape essentielle dans le cheminement de l’artiste vers l’impressionnisme. Le choix du pastel, technique particulièrement adaptée à la spontanéité et à la notation des effets fugitifs, permet ici à Pissarro de saisir le paysage avec une grande immédiateté. L’œuvre s’inscrit dans un ensemble de représentations de Louveciennes exécutées par l’artiste à partir de 1869, alors qu’il s’attache à observer les transformations de la nature, des saisons et de la lumière dans les environs immédiats de son nouveau lieu de résidence. L’importance de cette période de jeunesse est d’autant plus grande qu’une part considérable de l’œuvre de Pissarro a disparu pendant la guerre franco-prussienne. Contraint de quitter Louveciennes en 1870 devant l’avancée des troupes prussiennes, l’artiste découvrit par la suite qu’une grande partie des œuvres qu’il y avait laissées avait été détruite. Écrivant d’Angleterre à Louis Retrou en 1871, Pissarro déplorait l’ampleur de cette perte : ‘Il a pu en sauver une quarantaine et j’en avais de douze à quinze cents, tableaux, études, croquis, le travail de vingt ans de ma vie.’ Cette destruction confère aux œuvres antérieures à la guerre qui ont survécu une importance toute particulière : elles permettent de mieux comprendre l’évolution artistique de Pissarro à la veille de la naissance de l’impressionnisme.